Qui est Hebel ?

HEBEL, L’AMI DE LA MAISON (Der Hausfreund) 1958, in Heidegger, Questions III, traduction Julien Hervier.

Cette conférence prononcée en 1958 en hommage au poète Hebel est une traversée de la campagne, de la nature, de la pensée, de son espace, de l’habitation. Les chemins du penseur croisent l’habitation du poète. Dès le titre est évoqué le lien qui unit le poète à la demeure et à la philia, condition de l’être-ensemble dans un espace paisible de voisinage. Le rapport de la poésie et de l’habitation peut paraître saugrenu. Pourtant, Hegel a déjà vu dans l’architecture le lieu originel de l’art et dans la poésie son achèvement final. Cette relation verticale doit cependant être replacée dans l’ampleur distendue de l’horizon du monde comme espace-de-jeu du temps de l’habitation. La poésie devient même la condition pour toute séjour authentique comme donnant-lieux aux hommes : le sol qui les supporte et l’ambiance qui les entoure.

Le titre “Hebel, l’ami de la maison” appelle trois questions qui vont articuler le cours de la conférence :

I. Qui est Hebel ?

a) Biographie

b) poète régionaliste ou poète universel?

c) Réponse : l’ami de la maison

II. Qu’est-ce que “l’ami de la maison”?

a) La maison est le monde

b) L’ami du monde : le clair de lune

III. Qui est l’ami de la maison?

a) Le faiseur d’almanach : le poète

b) Le prêcheur de la nature

c) La parole amicale du poète


I. Qui est Hebel?

a) biographie

Retenons un événement majeur dans la vie du poète : “Il passa donc plus de la moitié de sa vie loin de sa terre natale.” Il a vécu dans l’éloignement, c’est-à-dire dans la proximité nostalgique de son pays de naissance et d’enfance. La nostalgie est le lieu de naissance du poème de la langue en ce sens que le pays exerce son charme magique dans la langue, qui le restitue sous forme de dialecte, marquant l’attachement du poète à la terre, à ses racines et aux habitants de cette terre dont l’absence est présence à son cœur et à son esprit. Cette nostalgie est à l’origine du recueil de poèmes Poésie Alémanique (1803).

b) Poète régionaliste ?

Mais puisque la langue dialectale est propre à une région déterminée “boucle du Rhin, entre Frickstal et l’ancien Sungau, jusqu’aux Vosges, aux Alpes et la Souabe.” Comment une poésie ainsi localisée peut elle dès lors s’adresser hors de ses frontières, c’est-à-dire au reste de l’Allemagne et au reste du monde ?  Cependant, la poésie dialectale ne doit pas s’entendre comme une déformation du langage littéraire ou celui-ci comme sa perfection raffinée. Il faut inverser cette représentation commune et voir dans le dialecte la “source secrète de toute langue parvenue à maturité. De lui continue d’affluer vers nous tout ce que recèle et sauvegarde l’esprit de la langue”. Le dialecte est la langue originaire qui recèle et sauvegarde les rapports au monde, au dieux, aux hommes, à leurs œuvres (erga) faits et gestes (praxis) ; d’où la spiritualité du dialecte. Le rapport au sacré, à la déité, à l’habitation et aux mortels du voisinage, à la vérité est un rapport à l’origine qui dure en toute chose. Seule une poésie noble se rapporte à l’origine, au permanent, à la source qui ne tarit pas et dont le fleuve finit par se jeter dans la mer : ainsi Hebel apparaît comme un poète universel parce que régionaliste.

c)     L’ami de la maison

Mais le titre universaliste du poème doit laisser la place au titre plus modeste « d’ami de la maison » : terme sans prétention mais lourd de résonance. Heidegger souligne la plurivocité de sens et la profondeur de cette expression qui est le titre d’un Almanach, l’ancêtre du magazine illustré qui l’a remplacé et détruit. C’est aussi la parole de la vocation poétique de Hebel. L’almanach est une apparition brillante et éclairante de la vie quotidienne : bienvenue et bienfaisante : loin d’être contraints par cette apparition, les hommes en sont soulagés. L’almanach est le hôte bienfaiteur. Il ne s’adresse pas seulement à la province, mais à toute l’Allemagne. Le “critère le plus haut” est éthique au double sens de l’éthos-èthos au sens de la manière d’être et de l’habitude, du peuple allemand. La production essentielle fait voir le permanent dans la lecture et la méditation. L’universalité de l’Almanach dépasse les frontières : celui-ci s’adresse aux hommes et il y parvient en devenant l’ami de la maison –  d’où surtout un élargissement du site poétique : l’almanach est poétique – mais le poème ne se présente pas seulement sous la forme d’un recueil poétique. Le métier de poète ne consiste pas en une simple production de poèmes, il devient une aventure universelle. Les récits et les moralités de l’almanach en font un objet à la fois prescriptif et narratif témoignant de la noblesse de la langue. L’almanach est écrit pour les amis aux mœurs rustiques et les amis de la nature. Les meilleurs textes sont rassemblés dans un recueil anthologique en 1811. Le poète le fit présent au monde où l’allemand est parole : le monde est toujours celui d’une langue. Ce geste du don poétique est celui de l’ami de la maison. Les poésies alémaniques sont élevées, conservées, dépassées : aufheben. Avant de nommer le mouvement de la dialectique hégélienne, le sens premier de ce terme est : ramasser parterre quelque chose qui traîne et le conserver de sorte qu’il reçoit vigueur et durée en provenant d’une élévation transfiguratrice, anoblissante : la parole poétique est puissance de métamorphose et la vertu du dire poétique refond notre vision habituelle du monde (choses humaines et divines) dans le trésor sans prix et dans la surabondance du secret. Cette refonte anoblissante montre son caractère alchimique dans l’exaltation de la simplicité de la parole, dont la résonance ennoblit et pacifie les hommes en les accordant dans la proximité paisible d’un voisinage.

Outre l’Anthologie et les Poésies Alémaniques, la correspondance de Hebel est aussi poétique. Les lettres sont celles d’un poète qui s’identifie clairement dans son essence propre comme l’ami de la maison à travers sa résolution à cette vocation.

Qu’est-ce que l’ami de la maison, de quelle façon Hebel est-il ami et dans quelle maison ?

II. Qu’est-ce que “l’ami de la maison”?

a) La question est : quelle maison ?

Qu’est-ce que la maison? Il y a la maison du campagnard ou celle du citadin. Mais n’est-ce pas là répondre à la question de l’essence par des exemples singuliers ? La représentation contemporaine du logement rate cette question de l’essence de la maison dans la mesure où un logement se présente comme un assemblage de pièces pour le déroulement du quotidien et de la routine – cette morne déchéance de l’habitude. La maison n’est plus qu’un simple récipient où habiter. Pourtant une maison n’est maison que par l’habitation : c’est l’habitation qui donne à la maison son caractère de maison, c’est-à-dire qu’elle est l’essence de la maison. Le lieu habitable réserve à son tour des possibilités originales d’habitation. L’habiter nomme la faculté de se laisser habiter. C’est en ce sens que le bâtir, la construction de la maison s’accorde à l’habiter (plutôt que de prendre simplement en vue l’eidos maison) : le bâtir ne précède pas l’habiter. C’est l’inverse qui est vrai.

“Si nous parvenons à penser le verbe “habiter” avec suffisamment d’ampleur et de sens, il nous nomme la façon dont les hommes accomplissent sur terre et sous la voûte du ciel leur migration de la naissance à la mort”

L’ampleur dont il est question est l’unité des deux extensions multiformes et riches en métamorphoses : l’axe temporel horizontal (naissance-mort) et l’axe spatial vertical (terre-ciel). Ciel et terre, nuit et jour, joie et douleur, œuvre et parole : le et nomme le trait essentiel rapportant chacun des termes l’un à l’autre. L’ampleur intègre toute la distension de la contrariété : dans cette cette intervalle multiple, lieu est donné au monde dans sa vastitude et son amplitude – comme habitation des mortels. Tandis que le monde apparaît comme la véritable maison des mortels, les bâtiments, villages, cités renvoient au bâtir : ce sont des ouvrages qui rassemblent autour d’eux la quadrature par la transformation de la terre en une contrée habitée et de voisinage à proximité des Dieux et sous la voûte du ciel. Dans l’habitation de la maison du monde par le mortel « les dieux aussi sont présents ».

L’ami de la maison nommerait donc l’Ami de la maison du monde, condition de possibilité de l’habiter comme trait essentiel de la vie mortelle dans son appartenance au monde. L’habiter est une inclination amicale dans la mesure où il met les hommes en demeure de s’approprier ce qu’ils ont de plus propre. En même temps l’appropriation est toujours de saison selon le monde tel qu’il est bâti. La diversité architecturale et le Babel des langues renvoient à ces saisons du monde qu’on appelle époques.

L’époque de Hebel est celle des Lumières nommée ainsi à cause de sa vénération pour ce qui illumine toute chose et la rend présente. Dans ses Considérations sur le bâtiment du monde,  le poète nomme au milieu des faits et gestes des hommes, la terre et le soleil, la lune et le scintillement des étoiles (planètes, comètes et étoiles fixes.) Ce qui pose la question de l’appartenance de Hebel à son époque.

b) L’ami du monde

Ami d’une saison, Hebel n’est pas l’ami de la maison du monde. C’est lui-même qui le dit. L’ami de la maison du monde est : la lune. Celle-ci reçoit la lumière du soleil et renvoie en retour un reflet, une douce clarté qui illumine la nuit. L’astre lunaire est le vigilant, le veilleur de ceux qui dorment – le clair de lune est l’ami de notre demeure terrestre. Un ami coquin. Mais pour autant, la lune est comparable au poète : Hebel lui-même rapporte la douceur de la lumière du clair de lune aux paroles poétiques. Le clair de lune porte la lumière dans la nuit sans être la source de la lumière dont il renvoie le reflet adouci. De même, le poète n’allume pas la lumière qu’il apporte au monde. L’image poétique de cette parole révèle au poète sa vocation propre : le poète se met à l’écoute de la parole pour la restituer à ceux qui habitent la terre avec lui. Il est ami dans la mesure où il sauvegarde l’essentiel, le rapport de l’homme à l’être : l’avenance (Ereignis) à laquelle la parole confie les hommes. Même si ces derniers laissent échapper ce rapport de tous les rapports, le poète veille pour eux en restant éveillé pendant la nuit. Pendant que tous – l’esprit obscurci par le nuage du cèlement dont Pindare avait eu l’intuition – se détournent dans un monde à chaque fois particulier, pour échapper à la pesanteur de la veille, le vigile préserve la Lichtung comme ce lieu pour l’absence et pour la présence, pour le temps et l’espace, pour la vie et la mort, pour lumière et l’obscurité. Ainsi, comme le clair de lune, la parole du poète veille au repos des habitants. Elle prend garde aux éléments de menace et de troubles.

III. Qui est l’ami de la maison ?

a) Le faiseur d’Almanach

Avec son Almanach, le poète a donc pris modèle sur la lune, premier faiseur d’almanach. En ce sens qu’elle prescrit et témoigne de la succession des heures (texte prescriptif et narratif).

“Ainsi la parole poétique précède les mortels sur le chemin de la naissance à la mort.”

Le trait fini de l’existence entre naissance et mort détermine le trait de la différence sexuelle. L’ami de la maison veille sur les garçons et sur les filles, il regarde les amants de manière telle nous dit Heidegger que le doux éclat lunaire apparaît à la fois comme terrestre et céleste : les deux à la fois dans l’indivision originelle d’un espace-de-jeu-du-temps. Cette lumière à peine sensible manifeste la pudeur et la discrétion d’un regard non voyeur, qui ne s’appesantit pas, qui reste dans le re-trait. C’est dans ce re-trait que commencent et finissent tous les traits qui écartent et qui ajointent les extrêmes. L’ami de la maison se caractérise par le savoir essentiel de ce qui relie les traits de la vie des mortels (vie-mort, homme-femme, etc.) au trait de la parole. L’ampleur de ce trait est telle que notre vie (de la naissance à la mort) est une errance à travers les mots – un dia-logue, l’humanité, avec les morts et les in-générés, rassemblée dans le Gespräch. La parole qui déploie l’espace-de-jeu-du-temps est discrète en ce qu’elle sauvegarde l’inédit dans son prêche.

b) Le prêcheur et la prédication

À l’ami de la maison appartient donc l’inclination pour la demeure des mortels. L’ami de la maison est le poète qui dit le monde en une parole dont le mot est le reflet d’une douce retenue, trait primordial de toute manifestation. Le monde apparaît comme s’il était aperçu pour la première fois. L’ami de la maison veut tirer le lecteur vers son inclination. Il installe un Gespräch (dialogue) avec nous : ce prêche poétique, praedicare, n’est ni religieux, ni logique. Le sens latin est : proclamer quelque chose, annoncer, vanter, faire apparaître dans son éclat ce qui est à dire. C’est pourquoi le prêche est l’essence de la parole poétique – il mêle justement récit et prescription dont le monde est l’objet : les réflexions sur ce qui se révèle dans les mouvements et repos de la nature conduisent vers une meilleure connaissance du monde. C’est pourquoi le poète présente la nature sous tous ces traits : à la fois comme un physicien et un astronome (Copernic) et comme poète : il la montre donc aussi sous son aspect scientifiquement mesurable – mais sans s’y perdre dans la mesure où il replonge cette nature dans son naturel de nature. Il retrouve l’ancienneté de ce naturel par rapport à la nature comme objet de science. Il entend le sens grec de physis : l’éclosion-retrait de tout étant dans sa présence-absence. Le naturel de la nature nomme différents traits du lever au coucher du soleil, de la lune et des étoiles, du jour et de la nuit, du ciel et de la terre. Le naturel se révèle comme tissus, cours et course du monde : aux habitants de la terre il dit la plénitude du secret du monde.

Accordé au secret, le poète du pays devient lune, et le soleil un paysan : la simplicité du paysan salue l’éclairement du soleil et des astres. Hebel est la figure de l’ami en provenance de la campagne. Selon Goethe, les phénomènes naturels deviennent chez Hebel des phénomènes campagnards : Hebel travestit le monde à la paysanne. Le travestissement et le secret sauvegardent la trace du secret originel tandis que l’époque du monde actuel est quant à elle pleine d’une énigme, celle de l’effacement de la trace du secret. Heidegger énumère successivement cinq formes de cette même énigme qui fait oublier le secret, recouvre le léthos :

1/ énigme de l’écart progressif et croissant entre la nature techniquement maîtrisable de la science et la nature naturelle du séjour humain : elles s’écartent à une vitesse folle l’une de l’autre ;

2/ celle du caractère mesurable de la nature se donnant comme la clef du mystère du monde ;

3/ celle de la sclérose de la représentation humaine en pensée calculatrice ;

4/ celle du désintérêt porté à la nature – même les poètes en sont touchés ;

5/ celle de la menace qui pèse sur la poésie : elle cesse d’être parole de la vérité (alétheia).

L’énigme met l’homme dans l’errance au sein d’une maison du monde d’où s’absente l’Ami que ses penchants inclinaient à la fois vers l’univers techniquement aménagé et vers le monde conçu comme la maison d’un habitat plus originel. Heidegger ne se contente pas d’opposer une vision poétique à une vision scientifique du monde. Il retrouve dans l’amitié de Hebel ce trait qui rapporte le caractère mesurable de la nature au secret ouvert de l’épreuve primordiale du naturel de la nature dans une répétition de l’origine “à nouveau éprouvée”. Travestissant le monde à la paysanne, Hebel pense en direction d’un habitat humain plus originel. L’art poétique est du même ordre que l’art de construire : le savoir des véritables constructeurs n’omet pas ce naturel sur lequel prend pied le bâtiment. Ils savent que l’homme ne peut vivre de l’énergie nucléaire. Tandis que l’homme s’éloigne de l’authentique habitat, lorsqu’il lui arrive d’habiter sur cette terre, c’est poétiquement (Hölderlin). Le séjour humain est d’essence poétique : il a besoin du poète, ami de la maison du monde.

c)     La parole amicale du poète

Or le poète est l’ami qui porte au langage la maison du monde en vue de la rendre habitable. En portant le monde au langage, le poète élève à la parole ce qui restait informulé : il fait apparaître par un dire ce qui est en retrait, il montre le trésor de l’essentiel, il remue le secret de la langue. C’est pourquoi la langue de Hebel est un grand modèle incorporant la langue littéraire au dialecte alémanique. L’écho de la langue dialectale perdure comme trace d’une différance : ce qui a été formulé autrefois sombre dans l’oubli. Le parler humain n’est pas l’activité de phonation. Il ne consiste en rien d’autre qu’à prêter l’oreille à la langue. La techné poétique est savoir (faire) entendre. A cet égard même le ne-pas-savoir-entendre est une forme d’écoute. Puisque c’est la langue qui parle et non pas l’homme, c’est dans sa correspondance à la parole que l’homme puise ses paroles. Or cette parole qui s’adresse à l’homme a son lieu de naissance dans le monde comme trait multidimensionnel du jeu des quatre contrées du monde dans la langue maternelle. Mais comme le montre son développement historial, c’est désormais un autre rapport à la langue qui s’est instauré à l’époque actuelle : paroles et écrits quotidiens sont emportés par la hâte et la banalité. La langue tombe au statut d’un instrument de compréhension et d’information. Cette conception courante est inquiétante dans la mesure où elle est poussée à l’extrême. La construction de cerveaux électroniques et de machines à calculer, à penser, à traduire vont dans le sens de ce processus qui emporte le monde hors de tout lieu habitable. L’appareillage technique règle la forme de l’utilisation possible de la langue. La technique moderne dispose du mode et du monde de la langue.

Prenant en charge la langue, la machine à calculer maîtrise l’essence de l’homme : c’est donc une illusion de penser que l’homme maîtrise la machine. L’ampleur de la mutation du rapport de l’homme à la langue dont on ne peut évaluer la portée, correspond à l’ampleur du monde – celle qui est restituée par un autre rapport à la langue que le rapport habituel, et qu’on pourrait appeler le rapport d’habitation par opposition au rapport d’habitude. Goethe parle de rapports plus profonds – la profondeur est un trait de l’ampleur : la parole poétique prend la Mesure de la dimension aux intervalles multiples du monde. L’existence humaine est comparable aux plantes : comme celles-ci, elle a besoin de racines pour sortir de terre afin de fleurir dans l’éther. Le trait du ciel et de la terre mesure toute la distance du sensible à l’intelligible. La terre est le domaine du palpable, du visible et de l’audible, domaine qui nous porte et nous entoure, nous exalte et nous calme sur un sol et dans une ambiance. L’éther nomme ce qui est perçu sans l’entremise des organes sensoriels : le non sensible, l’intelligence, l’esprit. Puisque la langue répète le trait multidimensionnel du monde, elle “est la voie qui relie la profondeur du pur sensible à l’altitude de l’esprit le plus hardi.”

La différence ontique qui permettait de comprendre l’homme comme l’animal doué de raison est désormais relevée dans le trait multidimensionnel du monde habité. Du coup la langue cesse d’être comprise comme juxtaposition intelligible-sensible, mais comme un chemin à la fois horizontal et vertical depuis la pureté du sensible vers la hardiesse de l’esprit, figurant par là le mouvement de la croissance, trait de l’existence humaine de l’enfance à la vieillesse. Cette distension de l’existence se reproduit dans la parole de la langue qui résonne dans les sons de la voix et brille dans les signes de l’écriture. Les signes sont des sensibles où un sens ne cesse d’apparaître en différé, sur le mode de la résonance. Comme sens sensible, la parole mesure l’espace qui s’étend de la terre jusqu’au ciel, maintenant dans l’ouverture le domaine de l’habitation sur terre, sous la voûte du ciel. La parole est dès lors moins une union sensible/intelligible que le trait d’un chemin. Le poète, Hebel voyage par ces multiples traits, ces chemins qui se révèlent à nous si nous sommes capables de rechercher l’amitié de l’ami, le poète, cet ami de la maison du monde.

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A propos karl sarafidis

Enseignant-chercheur Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Collège Universitaire Français de Moscou (MGU Lomonossov).
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Un commentaire pour Qui est Hebel ?

  1. CHAILLOUX dit :

    Cette réflexion sur l’habitat est vraiment intéressante et encore d’actualité….Ma poétique de l’espace à moi c’est la Yourte !….

    Cordialement N.CHAILLOUX http://www.yourteco.com

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